Aller au contenu principal

Mam’Ayoka, un restaurant solidaire à la croisée des mondes

Article publié le 03 avril 2018

Mam’Ayoka propose des plats internationaux, concoctés par des cuisinières en réinsertion. Un défi culinaire lancé par Sophie Lawson, qui souhaite faire de Mam’Ayoka un restaurant "hors les murs".

Lauréat des trophées de l’ESS 2017, Mam’Ayoka, « qui donne de la joie autour d’elle » en Yoruba, est un lieu atypique dans la capitale. Ouvert il y a un peu moins de deux ans, le restaurant ne dispose pas de carte et pour cause : les plats changent tous les jours. Bobun khmer, Tiep bou dien ou couscous végétarien, les plats issus de produits frais et locaux sont préparés par des cuisinières de 45 à 55 ans dont c’est le premier emploi. « Le projet s’articule autour d’une démarche qui promeut une plus grande autonomie des femmes », confie la gérante Sophie Lawson, ancienne cadre chez Orange.

À l’intérieur du restaurant aux couleurs chatoyantes, la clientèle est accueillie avec un thé à la menthe mais c’est à chacun de mettre le couvert et de débarasser sa table. A la bonne franquette. D’une capacité modeste, l’endroit est surtout fréquenté par des habitués et ouvert uniquement pour le service du midi. Tables en matériau de récup’, dessins d’enfants accrochés aux murs, chez Mam’Ayoka, on ne fait pas dans le superflu, conformément à l’état d’esprit que souhaite inculquer sa gérente.

Structurée sous une société coopérative à intérêt collectif, l’entreprise compte dix salariés dont quatre travailleurs handicapés. La cuisine a été aménagée par un ergonome pour répondre à certaines normes et permettre aux cuisinières de travailler assis. Employées en contrat aidé, elles sont encadrées par un Chef, en charge de les professionnaliser. 

Le recrutement, par le bouche à oreille, résidait sur deux critères : un savoir-faire culinaire et l’envie de le transformer en emploi. « Quand nous nous sommes lancés, quatre de nos cuisinières ne parlaient pas Français, Sina débarquait du Cambodge, elle n’avait jamais travaillé », se remémore Sophie Lawson. Aujourd’hui, si la langue est toujours un peu hésitante, les cours de Français débloqués grâce à leur droit à la formation leur ont permis d’acquérir plus d’autonomie.

 Un restaurant « vitrine » et des partenariats

A Mam’Ayoka, on a de la suite dans les idées. Après avoir tissé des liens avec les associations locales à travers le service traiteur, la coopérative aimerait se lancer dans la livraison à destination des personnes âgées. Par ailleurs, des partenariats avec le supermarché coopératif la Louve, l’espace de coworking Makesense ou la Ruche, sont déjà dans les tuyaux. « Aujourd’hui, notre partie traiteur correspond à deux-tiers de notre activité », précise Sophie Lawson.

La coopérative a également vu son chiffre d’affaire augmenter pour atteindre 250 000 euros en 2017, même si la part du budget relative aux subventions reste encore importante. «Nous ne sommes toujours pas à l’équilibre, sans subvention, on ne tient pas », assure celle qui a passé 14 ans chez Orange. Si l’activité au quotidien est intense et souvent éprouvante, Sophie Lawson ne regrette pas son choix : « Retourner chez Orange n’est pas une option, je m’ennuierai », glisse t-elle dans un sourire.