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« Le désir de nature est un désir d’urbanité »

Article publié le 28 novembre 2017

Pour Lise Bourdeau-Lepage, professeur de géographie à l’Université Lyon 3, chercheuse au CNRS, les notions de nature et d’urbanité ne s’opposent plus et forment, au contraire, une alliance solide.

 Il faut bien replacer l’histoire de la relation entre la ville et la nature dans son contexte historique. À l’origine, les hommes se sont regroupés et ont construit des villes pour se protéger d’un environnement sauvage. Jean-Jacques Rousseau présentait d’ailleurs la ville et la nature comme deux objets opposés, irréconciliables ! C’est au fil des siècles que l’image de la nature en ville va se transformer.

Aujourd’hui, dans nos sociétés majoritairement urbaines, la nature a acquis un nouveau statut. Elle est devenue objet de désirs[1]. L’Homme, conscient des dégâts que son mode de vie occasionne sur l’environnement, utilise la nature pour guérir certains maux urbains – comme les « îlots de chaleur urbains », ces zones qui, par leur constitution, emmagasinent fortement la chaleur.

Les bienfaits de la nature sont aujourd’hui reconnus. Les recherches menées montrent d’ailleurs qu’elle améliore la santé mentale des personnes, fait baisser le sentiment de solitude, augmente le niveau de bien-être, contribue à diminuer le stress et facilite l’intégration sociale[2].

En effet, que ce soit dans les jardins partagés ou dans les espaces verts, on se rencontre à nouveau, on apprend à vivre ensemble. Des études montrent même que l’accès à la nature au sein des villes contribue à une baisse du taux de criminalité[3].

La nature en ville prend de multiples formes : berges aménagées, jardins partagés, toits végétalisés, ruches, fermes urbaines, pieds d’immeubles fleuris… La ville s’orne de vert. Dans la mesure où les politiques de gestion des espaces verts s’orientent de plus en plus vers une utilisation raisonnée des produits phytosanitaires, on se prend à imaginer la ville comme un nouveau refuge pour certaines espèces, comme les abeilles notamment !

Ville et nature ne s’opposent plus. Ce désir de nature est, à mon sens, un désir d’urbanité : la nature ne nous permet-elle pas de nous socialiser, de redevenir urbains ? Les collectivités territoriales ne s’y trompent pas. Elles accompagnent volontiers ces transformations et orchestrent le retour de la nature en ville, souvent initié par des militants, des artistes et des habitants.

 

[1] Bourdeau-Lepage, 2017

[2] Guéguen et Meineri, 2012 pour une synthèse, White et al. (2013)

[3] Kuo et Sullivan, 2001