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« Pour sauver nos abeilles, il faut interdire les insecticides »

Article publié le 15 février 2018

Pour Jeanine Peyre-Lavigne, apicultrice dans les Pyrénées-Atlantiques, des moyens alternatifs de production doivent être trouvés afin d’assurer la survie des abeilles.

« Les abeilles font partie intégrante du cycle de la vie. Leur rôle est essentiel : elles récoltent puis déposent le pollen d’une fleur mâle à une fleur femelle afin de la féconder. Cette pollinisation est indispensable pour maintenir les cultures, la multiplication des plantes à fleurs, les forêts… Si les abeilles disparaissent, notre environnement sera bouleversé. Nous ne pourrons plus remplir nos assiettes de la même manière.

Pour s’alimenter, les abeilles ont besoin du nectar des fleurs et de leur pollen. Malheureusement, les pesticides présents dans ces ressources les intoxiquent. Je suis apicultrice depuis trente ans. Jusqu’aux années 1998, mon cheptel se portait plutôt bien. Et puis, à partir des années 2000, j’ai commencé à perdre des ruches entières, jusqu’à trois-quarts de mes essaims ! Aujourd’hui, je suis obligée de renouveler la moitié de mes ruches chaque année, pour compenser toutes les abeilles qui ont disparu durant la saison.

Dans ma région comme partout en France, le constat est le même : nos butineuses sont décimées par les pesticides. Cela fait plus de vingt ans que nous dénonçons les effets des insecticides, comme le gaucho et le régent. Ils empoisonnent l’appareil nerveux des abeilles, ce qui leur fait perdre le sens de l’orientation. Elles n’arrivent plus à trouver leur nourriture et meurent d’épuisement. Nous sommes nombreux à nous battre pour leur survie mais face à nous, les lobbies agrochimiques sont trop forts.

Pour sauver nos abeilles, il n’y a pas 10 000 solutions : il faut interdire tous les insecticides. Je suis bien sûr consciente qu’on ne peut pas tout arrêter d’un coup, mais il faut petit à petit diminuer leur utilisation jusqu’à la stopper complètement. Les agriculteurs doivent arrêter de recourir à ces produits toxiques et dangereux.

Mais je ne fais pas leur procès : ils connaissent les mêmes difficultés que nous, ils ont eux aussi besoin de vivre, de travailler. Il faut les aider à trouver des méthodes alternatives pour produire en symbiose avec la nature, sans que cela soit trop couteux pour eux.

On doit aussi réintégrer les abeilles dans nos pratiques agricoles. La France ne produit plus qu’un quart des 40 000 tonnes de miel consommées par an. Nous, les producteurs de miel français, avons besoin de soutien ! »