Lien d'évitement

Circul'R au Parlement des Entrepreneurs d'avenir 

Le 22/12/2016
Circul'R au Parlement des Entrepreneurs d'avenir

Lors du Parlement des Entrepreneurs d’Avenir, Raphaël Masvigner et Jules Coignard sont revenus pour nous sur Circul’R.  leur tour du monde de l’économie circulaire.
 

 

Avant d'entamer le projet, aviez-vous des a priori sur ce que vous alliez vivre pendant votre voyage ?

Raphaël : Un des premiers constats, c'est qu’en parlant d'économie circulaire, nous connaissions son application dans les pays du Nord mais nous ne savions pas s'il y avait des modèles innovants dans les pays du Sud. Et nous avons passé 80 % de notre temps dans ces pays-là, en Afrique, en Asie et en Amérique Latine pour nous rendre compte qu'il existait des innovations géniales dans ces pays. Des innovations qui pourraient inspirer les pays du Nord. Ces pays associent économie circulaire et économie sociale et solidaire (ESS). En plus d’un impact environnemental, cette économie peut donc également avoir un impact social : réduction de la pauvreté ou empowerment des populations locales. C'est vraiment quelque chose que nous avons appris et dont nous ne nous doutions pas au départ.

Jules : J'ai trouvé que les gens étaient super ouverts pour partager ce qu'ils faisaient. Nous nous demandions s'ils accepteraient de nous parler, de nous expliquer leurs stratégies, comment ne pas leur faire peur... Mais nous n'avons presque jamais eu ce problème. Ils étaient tout le temps ouverts, prêts à nous expliquer leur projet, à nous montrer des chiffres, ... On sent qu'on est vraiment dans une ère de l'opensource où il n'y a pas de travail "dans son coin". Ça a vraiment été une très bonne surprise. Nous avons même l'impression que les personnes nous disaient : "Plus on partage, plus on a de chance que tout fonctionne."

 

Donc on peut dire, que pour eux, être copié c'est quelque chose de positif ?

R : Oui c'est ce qu'ils nous disent, ça démultiplie l'impact. Nous avons même rencontré des entrepreneurs qui nous demandaient pourquoi nous ne lancions pas ça dans d'autres pays. Il y a tellement de choses à faire dans un seul pays qu'il y a des opportunités énormes et de la place pour tout le monde. Les entrepreneurs s'en rendent compte aujourd'hui et c'est pour cela qu'ils sont dans cette idée de partage et surtout d'échange. Nous nous sommes aperçus en effet qu'un problème dans un pays a peut-être une solution dans un autre pays. C'est donc important d'être ouvert, connecté, et de pouvoir partager ses bonnes pratiques.

 

Comment votre vision de l'économie circulaire a-t-elle évolué au fil du projet ?

J : Au début nous voulions voir tous les secteurs pour montrer que l'économie circulaire peut s'appliquer partout et cela s'est confirmé. Nous avons vu des projets dans tous les secteurs, portés par différents types d'acteurs, principalement tout de même par les startups qui drivent l'innovation. Ça a été une bonne surprise.

Une des conclusions que nous n'avions pas anticipées est que l'on peut vraiment apprendre d'un secteur à l'autre. On peut éco-concevoir un téléphone portable comme on peut éco-concevoir un bâtiment à partir du même business model, du même squelette. Les acteurs ont tout intérêt à regarder ce qui se fait dans d'autres secteurs que le leur.

 

Y avait-il des secteurs plus représentés que d’autres dans l'économie circulaire ?

R : Il y a des secteurs où il est plus facile de mettre en place de l'économie circulaire, notamment avec la matière organique car cela ne nécessite pas forcément autant d'innovations et de technologies que sur des matières non-organiques. Nous avons pu voir des projets très innovants comme AgriProtein en Afrique du Sud qui collecte environ cent tonnes de déchets organiques par jour à Cape Town. Ils y font ensuite pousser des larves de mouches qui vont consommer ces déchets et produire du compost à forte valeur ajoutée. En plus de cela, ces larves se multiplient rapidement et peuvent être vendues pour créer de la farine protéinée à destination des animaux ce qui constitue une deuxième source de revenus. Une troisième source de revenus est créée par la compression des larves qui permet d'obtenir un liquide fort en oméga 6 destiné lui-aussi à l'alimentation des élevages. À partir des déchets organiques et d'une idée simple optimisée par un travail de R&D, on peut ainsi créer de la valeur ajoutée.

J : Il y a longtemps, ces déchets étaient déjà compostés. L'ère industrielle a modifié ce système avec une collecte des déchets organiques mélangés à d'autres déchets et finissant en décharge et émettant du méthane. Ce problème ne devrait pas exister parce qu'il existe énormément de solutions de réutilisation des déchets organiques : biométhane, compost, etc. 

 

Parmi tous les gens que vous avez croisés, avez-vous une rencontre qui vous a particulièrement marqués ?

R : Chaque entrepreneur nous a marqué, c'est sûr et certains. Ils ont tous des personnalités et des projets extrêmement inspirants. S'il fallait citer une personne à brûle pourpoint, je citerai Claire Janisch que nous avons rencontré en Afrique du Sud. Elle nous a présenté le biomimétisme dont elle est spécialiste.

Le biomimétisme est une branche de l'économie circulaire qui vise à regarder ce que font les ecosystèmes, s'inspirer de la nature et répliquer les solutions existantes pour avoir un impact positif sur l'environnement. Dans la nature, il n'y a aucun déchet, tous les déchets sont réutilisés comme des ressources donc pourquoi ne pas s'inspirer de ses milliards d'années de R& ? Pour donner un exemple concret, il y a une entreprise qui s'appelle Whale Power, au Canada qui a observé la technique de pêche des baleines à bosses qui enferment les poissons dans un rideau de bulles. Pour créer ce rideau de bulles, elles ont besoin d'être très agiles alors qu'elles pèsent 40 tonnes. Cette agilité est permise par toutes les petites bosses qu'elles ont sur leurs nageoires qui leur donnent un hydrodynamisme incroyable. Une fois les poissons enfermés, elles remontent, ouvrent la bouche et capturent tous les poissons. En observant cela, Whale Power a copié ses nageoires et les a transposées aux éoliennes. Ces nouvelles éoliennes captent 20 % d'énergie en plus qu'une éolienne normale.

J : Le biomimétisme se développe de plus en plus, parfois par des acteurs auxquels on ne s'attend pas. Les velcros, par exemple, sont nés aussi du biomimétisme. Ils ont été inventés par un chercheur qui a vu que des plantes s'attachaient sur les poils de son chien. Après des observations au microscope, il a inventé le velcro. C'est finalement plus répandu que ce que l'on pense.

 

Selon vous, existe-t-il des pays qui ont déjà un temps d'avance sur le développement de l'économie circulaire ?

R : On observe une première différence entre pays du Sud et pays du Nord. Dans les pays du Nord, celui qui nous a paru le plus avancé sont les Pays-Bas. C'est un petit pays où l'ensemble des acteurs sont très tournés vers l'économie circulaire, que ce soient les associations, les consommateurs, les entreprises ou les pouvoirs publics. Le fait que l'ensemble de ces acteurs soient intéressés par l'économie circulaire permet de faire émerger énormément de projets. Tout le monde est sensible à cette thématique ce qui est l'un des grands challenges pour faire de l'économie circulaire. Il faut sensibiliser les gens à cette thématique, montrer que c'est possible et que c'est faisable. Aux Pays-Bas nous avons vu beaucoup de projets très innovants nés de ce dynamisme.

J : Concernant les pays du Sud, d'un point de vue de la société et de la culture, il y a vraiment des savoir-faire qui existent autour de la réutilisation. Par nécessité, ils sont bien souvent obligés de garder les matériaux le plus longtemps possible et ont développé une inventivité incroyable. Un téléphone portable n'a pas la même durée de vie en France et au Maroc. Là-bas, il va être réparé, réutilisé, ... Ils possèdent de vraies compétences sur la réutilisation, sur l'entraide, sur la collaboration. On prête beaucoup plus facilement car il y a un lien de confiance qui existe.

Il y a un certain paradoxe entre le traitement des déchets géré de manière informelle, pouvant entraîner des catastrophes écologiques ou sanitaires, et ces vrais savoir-faire des personnes sur place qui font que les sociétés peuvent être prêtes à une économie circulaire plus rapidement que nos sociétés de pays développés.

R : Il y a cette culture du partage plus présente mais aussi cette problématique de "nécessité fait loi". Les ressources sont plus rares ou leur accès est plus difficile donc il faut mettre en place des modèles innovants pour utiliser intelligemment les ressources à disposition et produire le minimum de déchets.

 

L'abondance des ressources au XXe siècle a donc freiné le développement de l'économie circulaire ?

J : Pendant tellement longtemps, le faible prix des matières premières grâce aux rendements élevés a fait que personne ne s'est préoccupé de ces problématiques. Mais aujourd'hui, on constate qu'il y a de moins en moins de matières premières et que l'impact des déchets sur l'écologie commence à être visible : pollution de l'air à Paris ou en Chine, déchets dans les océans, etc. Cela se traduit par un coût concret sur les humains. Il va y a voir un milliard de réfugiés climatiques d'ici à 2050. Voilà des impacts auxquels on ne pensaient pas forcément et c'est pour cela que nous sommes aujourd'hui dans une sorte de modèle de transition. Dans les pays qui n'ont pas de modèle de développement linéaire, il y a donc une vraie opportunité à s'orienter vers l'économie circulaire à la manière de l'Afrique qui est passée directement au téléphone portable sans développer le téléphone fixe.

R: Notre modèle économique actuel issu de la révolution industrielle est parti du constat que nous avions des ressources en quantité infinie et que la Terre pouvait absorber l'ensemble de nos déchets. Notre développement a continué avec ces idées et maintenant seulement on constate que ce n'est pas le cas, qu'il y a de moins en moins de ressources naturelles et que le fait de produire des déchets entraîne de graves conséquences. Il faut vraiment repenser le modèle économique pour que nous puissions avoir un avenir durable. Toutes les solutions que nous avons vues nous prouvent que c'est possible.

 

Maintenant que vous avez achevé votre tour du monde, quels sont vos futurs projets ?

J : La suite du projet consiste simplement à continuer notre travail autour de cette thématique. Ce voyage a renforcé nos convictions et nous voulons continuer à travailler sur l'économie circulaire. Nous voulons développer ce réseaux d'acteurs international composé aujourd'hui de 150 startups. Et nous lançons également notre propre startup.

R : La startup Circul'R est partie du constat que pour créer des solutions intelligentes il fallait les co-créer en faisant coopérer les structures porteuses de projets, capables de mettre en place des innovations très rapidement, et les grands groupes qui cherchent aujourd'hui à se renouveler. En connectant ces startups et ces grands groupes, nous pouvons ainsi co-développer des solutions circulaires pour amener progressivement la société vers un modèle économique pérenne. Nous voulons faire le pont entre ces acteurs pour amener de l'innovation circulaire.

J : Concrètement, nous proposons trois services : conférences, learning expeditions (emmener des salariés sur le terrain pour leur présenter des projets et créer du liens) et sourcing (on analyse les problématiques au sein d'un grand groupe et on identifie les startups auxquelles connecter l'entreprise pour résoudre ce problème).

Et on change le monde évidemment !

 

Articles qui pourraient vous intéresser